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BULLETIN
PAROISSIAL
D'ESTAIRES
(Nord)
N° 7 - 15 Décembre 1918
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VOIX
DE L'EXIL
Le
Bulletin de Décembre était à peine imprimé qu'il nous arrivait une
nouvelle bien inattendue. Monseigneur Charost, Évêque de Lille, faisait
savoir officiellement à M. le Curé d’Estaires qu’il était choisi
pour remplacer, à Rouboix St-Martin, le si vénéré Monseigneur Berteaux.
La décision de Monseigneur était irrévocable ;
M. le Curé, après avoir fait part à Monseigneur de son regret de
quitter la Paroisse d’Estaires à une heure d’aussi grande détresse,
et lui avoir exprimé ses craintes, à la pensée du lourd fardeau qui lui
était imposé, dut s’incliner devant la volonté de Monseigneur.
Le Bulletin devance la date régulière de son
apparition pour porter cette douloureuse nouvelle à la connaissance de
nos familles dispersées.
Nous croyons ne pas nous tromper en disant que
celte séparation sera pénible pour tous. Le Curé n’est-il pas comme
le Père de toutes les familles de sa Paroisse ! M. le Curé a passé plus
de 25 ans à Estaires, au Collège et à la Paroisse : il n’est pas étonnant
que pendant d’aussi longues années, des liens de chrétienne sympathie
et de religieuse confiance se soient établis entre le Prêtre et les
familles, entre le Pasteur et ses ouailles.
Ces liens se sont grandement resserrés pendant
ces quatre dernières années ! L’occupation allemande de 1914, avec les
crimes qui l’ont accompagnée ; la vie pendant un si long temps sous les
canons ennemis ; la visite quotidienne des avions et de leurs engins
meurtriers ; la menace de tous les instants et l’inquiétude des
familles ; les deuils si nombreux..... et puis le bombardement final,
l’abandon de nos maisons et de tous nos biens, ensuite l’exil avec toutes
ses douleurs ... Comment aurions-nous pu supporter tant d’épreuves
si une plus étroite affection ne s’était établie entre
tous les membres
de la famille paroissiale et si nous n’avions réclamé avec plus
d’insistance l’appui de Dieu qui soutient et qui console !
Or
le lien qui unit les familles entre elles et qui les rapproche de
Dieu, n’est-ce pas le Prêtre
?
* * *
Chacun
l'avait si bien compris, que malgré l’exil qui a jeté nos familles
dans tous les coins de la France, l’amour du pays, le souvenir de la
Paroisse l’affection mutuelle sont demeurés, chez tous, plus vivants
que jamais. Des lettres innombrables sont venues redire ces sentiments à
M. le Curé, dans sa retraite de Lourdes ; il en a été touché plus
qu'il ne saurait le dire. Et c’est à cause de cet attachement si
profond des habitants d’Estaires à leur Église et à leurs Prêtres,
que le "
Bulletin Mensuel,
» faible écho
de la vie est attendu par tous comme le Messager de l’Espérance.
* * *
Aujourd’hui
même, en portant dans les familles la nouvelle de la séparation
prochaine du Pasteur d’avec son troupeau, le
Bulletin Paroissial
demandera à tous d'accepter avec
esprit de foi et avec une parfaite résignation chrétienne ce nouveau
sacrifice.
Dieu a parlé par la voix de ceux auxquels il a confié son autorité :
cela suffira pour que tous s’inclinent respectueusement.
Sans doute d’aucuns penseront que le Prêtre
qui avait longtemps souffert au milieu de son Peuple, qui avait soutenu
les courages, calmé les alarmes, consolé tant .de tristesses aurait pu,
mieux que d’autres, entretenir jusqu’au bout la flamme sacrée de
l’amour du pays et préparer le retour.
Mais n’est-il pas vrai que d’autres Prêtres
ont passé par de semblables épreuves et trouveront dans leur cœur les
paroles qui encouragent et soutiennent
? Et puis,
un Prêtre plus jeune aura plus de vaillance pour présider au grand oeuvre de la reconstitution de la Paroisse. Dieu ne se trompe jamais ; sa
sagesse nous conduit parfois par des voies mystérieuses dont nous
ne pénétrons pas le secret : Ce qu’il fait est toujours meilleur que
ce que nous aurait inspiré. la prudence la plus éclairée.
Nos
familles
donneront toute leur confiance au Prêtre
que Monseigneur désignera pour continuer notre oeuvre. Elles
l’encourageront par leur bienveillance et leur sympathie ; elles le
soutiendront de leurs conseils et de leurs ressources.
Rien ne manquait dans cette chère Paroisse d’Estaires :
toutes les oeuvres
d’éducation chrétienne
des Enfants, de protection pour la jeunesse, d’assistance aux pauvres y
existaient et étaient florissantes. Toutes ces oeuvres renaîtront à
mesure que la Ville elle-même sortira de ses ruines et dans quelques années,
on pourra appliquer à notre paroisse ce vers du poète :
Jérusalem
renaît plus charmante et plus belle !
Dieu
nous fasse. la grâce de voir la complète résurrection de notre chère
Parvisse, et d’assister un jour à la bénédiction de notre belle Église
relevée de ses ruines.
*
* *
Si
l’avenir nous apparaît plein d’espérances, le présent reste
douloureux et les premières années à venir seront particulièrement
laborieuses.
Que doivent faire pendant les mois qu’elles
passeront encore en exil nos familles déracinées l Pour qu’Estaires
conserve son vieux renom de foi chrétienne et de sérieuse piété,
chacun doit conserver, développer même ses habitudes de vie religieuse !
La prière du soir en famille,’ l’assistance pieuse à la Ste-Messe ;
la pratique fréquente des Sacrements, la dévotion à la T-S. Vierge. Que
les Parents donnent en cela l’exemple à leurs enfants : aucune leçon
ne saurait être plus salutaire. Que le grand souci des Familles soit
d’assurer l’éducation chrétienne des Enfants. Si, dans certaines
paroisses, nos Réfugiés ne trouvent pas d’école chrétienne, qu’ils
aient soin de suppléer au manque d’Instruction Religieuse en apprenant
eux-mêmes le Catéchisme et les Prières à leurs enfants. L’exil est
douloureux pour tous : Que l’on en supporte courageusement, chrétiennement
les privations et les souffrances. Les âmes formées à la rude école de
la douleur et du sacrifice seront de vaillantes ouvrières pour la
reconstitution de la Paroisse et la restauration des traditions du passé.
*
* *
Que
dirons-nous encore ? A mesure que les familles rentreront au pays, nous
souhaitons que règne entre elles la bonne entente et la parfaite charité.
Depuis quatre ans, nous n’avons connu qu’un ennemi : le barbare
envahisseur qui vient d’être refoulé au-delà de ses frontières., Après
la guerre, tous les Français seront des Frères entre lesquels continuera
à régner l’Union Sacrée, Estaires sera une famille unie par les liens
de la fraternité la plus aimable et la plus dévouée.
Etpuisque nous sommes à la veille de commencer une année nouvelle,
nous ne voulons pas oublier de soubai1er et de demander à Dieu
que, pour tous, cette année soit bonne, heureuse et sain1e : que
1919 voie le retour au foyer, et la reconstitution des familles trop
longtemps disloquées.
Il y aura, hélas ! bien des vides ; beaucoup de
nos chers jeunes gens et de nos jeunes hommes ;ne reviendront pas et leur
absence sera douloureusement sentie, ! Pour eux, nous avons prié
ensemble, tous les jours, en notre Chère Église ; pour eux, nous
continuerons à faire monter nos supplications vers le Dieu qui a fait bon
accueil à ces glorieux martyrs de la plus juste cause et qui n’a pas
tardé. ou ne tardera pas à les admettre à l’Éternelle Récompense !
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