La Révolution. |
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Nous avons beaucoup entendu parler de cette époque néfaste dans notre enfance. D’abord notre grand-père maternel, M. François Detournay, était venu habiter Estaires durant l’orage politique et entretenait une correspondance suivie avec ses parents d’Arras. Il semble qu’il avait été attiré à Estaires par la présence de parentes, Natalie et Julie de Tournay, dont nous avons retrouvé les noms dans les registres aux professions des Sœurs grises d’Estaires, déposés au greffe du tribunal d’Hazebrouck. |
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Nous avons autrefois entendu lire ces lettres aujourd’hui perdues pour nous ; et puis, une vieille domestique, Loysine R...., nous a raconté ce que ses yeux avaient vu. Durant un demi-siècle de service sous le même toit, elle berça nos premiers ans de ces récits qui se sont gravés dans notre mémoire. Enfin, nous userons des renseignements donnés en 1875 par la Semaine religieuse de Cambrai. Le clergé du diocèse de Saint-Omer dont relevait Estaires se montrait opposé aux tendances schismatiques de l’Assemblée Constituante. Nous sommes heureux de donner ici les déclarations inédites de MM. les curés et vicaires d’Estaires en réponse à l’invitation à prêter le serment constitutionnel, quand, en 1790, fut votée la constitution civile du clergé, et que tous les prêtres eurent l’ordre de prêter serment à cette constitution schismatique.
Un seul prêtre du décanat de Merville se montra infidèle à l’Église, et chez les Récollets d’Estaires il y eut aussi une défection : le P. Géry se détacha de l’unité. En 1791, les religieux Carmes de Dunkerque, par ordre du Département du Nord, se virent incorporés aux Récollets d’Estaires. Ils représentèrent qu’ils étaient religieux étrangers et la mesure ne fut pas exécutée. (Comité flamand.) Le clergé d’Estaires donc avant la Révolution était composé de :
L’évêque Porion avait forcé Robespierre à dire : « C’est dommage d’offrir l’épiscopat à un tel homme. » Il se maria dans la suite. C’est à lui qu’Estaires doit ses pseudo curés, moines, apostats. Les curés assermentés d’Estaires furent :
Le Doulieu avait une prévôté. Le dernier prévôt fut Ch. Gravet, religieux de Chocques. Le curé d’Estaires était absent pour raison de santé ; M. Machart était aussi malade, et le prêtre sacristain, M. Béghin, s’était retiré dans sa famille. Restait M. Lagniez, qui, avec les PP. Récollets, remplit les fonctions de son ministère jusqu’à Pâques 1791. Swampouille arriva à. son poste le 7 mai, et prêta le serment dans les mains du maire, M. Charles. Le lendemain était la fête de la confrérie du Saint-Sacrement. M. Lagniez était au confessionnal quand l’intrus vint prendre possession de l’église. Le bon vicaire s’enfuit au Doulieu, où il célébra Ies saints mystères. Cependant le curé intrus fit tous les offices et la procession, et quand le Saint Sacrement entra dans la chapelle des Sœurs grises, elles chantèrent un motet, mais ne suivirent pas la procession. Une partie de la ville prit part au schisme. Au péril de sa vie, M. Lagniez, réfugié en Belgique, revenait exercer le ministère à Estaires et environs, et ses anciennes ouailles, quelquefois au nombre de cent, venaient le visiter à Poperinghe. Par lui, les nouvelles de Rome et de bons livres circulaient dans Estaires. Bientôt un certain nombre d’Estairois émigrèrent à la suite du clergé. Quelques-uns allèrent consulter M. Vincent, oncle de St B. J. Labre, et visitèrent Amettes. Cependant le couvent des Récollets servait de lieu de rendez-vous aux fidèles, et Ies religieux continuaient à remplir les fonctions du saint ministère. En décembre 1791, les chapelles des Sœurs grises et des Récollets furent fermées, et un mois plus tard les Pères étaient mis en arrestation dans leur couvent. Le curé constitutionnel avait, le 15 décembre, pénétré à la tête des gardes nationaux dans l’église du Doulieu et y avait parlé contre l’Église et les catholiques. Il y avait à Estaires un parti révolutionnaire et un parti bien organisé de croyants. Ceux-ci furent bientôt attaqués violemment et on se battait dans les rues. Les conscrits ameutés avec la populace brisaient les vitres des aristocrates. Ils pénétrèrent chez la veuve Sauvage, une femme de bien, toute dévouée aux pauvres, et jetèrent l’effroi dans sa famille. Ce ne fut qu’à la fin de juillet que les Pères Récollets reçurent l’ordre de partir, et ils rejoignirent le clergé en Belgique. Toute l’argenterie d’église était confisquée au profit de la nation. (Voir Paroisse, 1791.) M. Lagniez, toujours à Poperinghe, se rapprochait d’Estaires aux dimanches et fêtes, et disait la messe à Neuve-Église. Ces relations durèrent jusque mars 1793. D’autres prêtres moins connus à Estaires y venaient remplacer le vicaire : M. Rolin, plus tard curé de Billy ; M. Dessaux, plus tard curé d’Ourton, et M. Lefrançois, plus tard curé de Bourg. A Neuve-Église on comptait une centaine de prêtres réfugiés. En juin 1798,le comité révolutionnaire dit de surveillance, à Estaires, faisant montre de trop de douceur, reçut des reproches, et aussitôt montra son zèle en faisant des arrestations. Les hommes, au moins trente, furent incarcérés dans le monastère des Récollets. Les uns furent, après une semaine, conduits à Hazebrouck, les autres à Béthune, et tous eurent le talent, le bonheur d’échapper à la guillotine, après être restés prisonniers, plusieurs, jusqu’au 26 octobre. Mais au commencement de 1794, le président du comité révolutionnaire, venu à Estaires, en fit reprendre quelques-uns. M. de Cleene, agent du prince de Robecq, les femmes Lesage et Courdent et Mme Nathalie Duflos eurent l’honneur de l’incarcération. Estaires était dès lors dans la consternation, bien que le comité comme celui de Merville s’efforçât de sauver tout le monde, tout en montrant du zèle. Le pays n’était pas absolument méchant dans ce qui était le plus mauvais. Le clergé fidèle avait dû encore s’éloigner devant les troupes françaises. Mais M. Lagniez resta et sut encore se montrer aux environs d’Estaires. Cependant, avant la fin de 98, les évêques intrus d’Arras et de Cambray, les curés assermentés d’Estaires, Doulieu, Steenwerck, Sailly, Lestrem, etc., apostasièrent publiquement, renonçant au ministère sacré. C’est alors que la déesse Raison vint s’asseoir sur l’autel du Christ et que parut dans le temple de Dieu l’abomination de la désolation. Des témoins nous ont redit les spectacles écœurants qu’ils avaient vus : la profanation des sacrements, le cimetière devenu lieu de danses ignobles et de débauche sans frein, l’église livrée à la plus affreuse dévastation; bref, les huguenots ne faisaient pire que ces forcenés. Un jour, horresoo referens ! des gens ivres revêtus des ornements sacerdotaux menaient sous le dais, au lieu de Notre-Seigneur..... un animal aux longues oreilles !! Cette horrible mystification rappelait davantage l’idée que les païens se faisaient du mysticisme chrétien, quand, sous Aurélien, des esclaves du palais impérial gravaient sur la pierre un crucifié à tête d’âne avec un adorateur ; Alexamène adore son Dieu; que la fête ou mystère de l’âne au Moyen Age : celle-ci n’était qu’entièrement naïve, et n’avait rien de sacrilège. Voilà donc où des factieux en étaient arrivés dans la haine de Jésus, témoignant pour leur part du caractère satanique de la Révolution. Le jansénisme avait contribué à ce résultat en commençant par éloigner les âmes de l’Eucharistie, sous prétexte de respect et d’indignité. C’était adroitement leur fermer la source des grâces, déchristianiser le pays, et amener la France très chrétienne à un degré d’impiété monstrueuse, épouvante de l’univers. Telle était donc la cité du Mal à Estaires, beaucoup moins nombreuse que celle du Bien. L’ancien gardien des PP. Récollets était venu à Estaires en 1795, et M. Deliège, ancien moine de Chocques, y fut nommé curé. La tempête politique et religieuse s’apaisait : on respirait. La Gorgue fêtait avec enthousiasme le retour de son pasteur légitime exilé en Allemagne. Mais ce moment de calme fut assez court, et de nouveau il y eut persécution. En 1797, le clergé restait caché, ne cessant pas toutefois de remplir ses fonctions à Estaires en secret.
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