IntroductionEn possession de quelques documents historiques sur Estaires, nous croyons faire œuvre de piété envers notre pays natal en les mettant au jour. Quand nous étions enfant nous entendîmes raconter par des témoins les événements de la Révolution et ceux qui l’ont suivie; après avoir rapporté des faits plus anciens nous redirons ces récits. Nous ne prétendons pas écrire une histoire. D’abord nous en serions incapable; puis le feu, l’humidité ont endommagé beaucoup les archives communales, la gent trotte-menu a visité aussi ces vénérables parchemins et les a trop goûtés. Nous tenons ces détails de Mgr Dehaisnes, notre savant compatriote, qui a fait l’inventaire des archives d’Estaires. La mort l’a enlevé à ses études, et nous ne pouvons avoir recours à son obligeance. Le cloître nous retient dans ses murs, et nous empêche d’utiliser cet Inventaire; d'ailleurs nous n’avons pas le talent de lire les vieilles chartes. Ainsi tout notre labeur se réduira à reproduire des notes recueillies par notre père, M. H. Arnould, durant son séjour à Estaires (1848-1867), auxquelles nous ajouterons ce que nous avons pu trouver, et des ressouvenances de nos jeunes années. Jetons un rapide coup d’œil sur l’ensemble de ces bribes d’histoires.Une cité gallo-romaine est d’abord signalée au pont d’Estaires entre la chaussée antique de la Bassée et la Lys. Après le passage des Normands, les habitants qui avaient fui viennent s’établir d Estaires et à la Gorgue. Un seigneur d’Estaires fait partie de la première croisade : de là ce blason avec croix rouge dont la cité s’honore à juste titre, précieux symbole de dévouement à la cause du Christ, et que le maire, M. Édouard Hennion, a eu l’heureuse idée de faire peindre au-dessus de l’ancienne bretèque de l’hôtel de ville. Estaires demeurera jusqu’à 1790 sous le régime féodal et son histoire ne signale aucun mécontentement de la population contre ses seigneurs. D’ailleurs la loi de l’endroit était si libérale, quoique austère et demeurée de forme médiévale, que, d’après un de ses articles, chaque année, lecture en était donnée au peuple, qui pouvait, d’accord avec son magistrat, la modifier à son gré. Outre ces coutumes spécialement émanées du banc échevinal d’Estaires, la ville en avait aussi dites : de Bourgeoisie, empruntées surtout aux lois d’Ypres, qu’elle reconnaissait pour son chef de sens. On sait l’importance considérable de la ville d’ Ypres au XIIIe siècle : elle compta jusqu’à 200 000 habitants. Cassel était la plus grande des châtellenies relevant d’Ypres. Estaires était une des quatre villes ayant haute justice dans la châtellenie de Cassel. Les seigneurs d’Estaires, après la famille de ce nom qui laissa ses armes à la ville : coupé d’argent et de gueules à une croix ancrée de l’un en l’autre; furent successivement : les puissants de Haveskerque, issus des Saint Omer. Ils portaient d’or à la fasce de gueules, cimier : deux têtes et cols de chiens braques adossés de sables; Henri d’Antoing qui avait pour blason: de gueules au lion d’argent armé et lampassé d’or ; Engelbert d’Enghien, portant : gironné de sable et d’argent de dix pièces, les girons de sable semés chacun de trois croisettes recroisettées et fichées d’or, cimier : panache d’or entre un vol d’argent semé de tourteaux de gueules; Les de Stavèle qui avaient : d’hermine à la bande de gueules ; Enfin la maison de Montmorency, une des plus anciennes de France, qui a fourni une multitude d’illustres personnages. On sait que les Montmorency s’intitulaient les premiers barons chrétiens. Les seigneurs d’Estaires étaient de la branche des seigneurs de Wastines. Leurs armes avant 1570, étaient brisées par trois besants d’argent sur la croix. Après la mort du comte de Hornes, dernier seigneur de Nivelles, ils reprirent les armes pleines des Montmorency : d’or à la croix de gueules, cantonnée de 16 alérions d’azur. Estaires a des chanoines de Chocques comme pasteurs, jusqu’à la Révolution, les curés d’Estaires et les Prévôts du Doulieu sont tirés de Chocques, comme ceux de Steenwerck dont l’autel avait été donné à ces chanoines par le comte de Béthune dont la domination s’étendait jusqu’à Steenwerck. L’église d’Estaires devait une dîme au chapitre de Saint-Pierre de Cassel. Un mémoire d’Estaires à ce chapitre, au XVIIe siècle, nous fournira de curieux détails sur l’église paroissiale. Estaires, adonnée, comme toute la Flandre au commerce des draps, prend part aux troubles si fréquents dans nos régions. Mais surtout au XVIe, ses habitants se montrent ardents calvinistes. La Révolution trouvera aussi chez eux des partisans. Le bien et le mal se rencontrent partout pour former les deux cités dont parle saint Augustin. Guerres, troubles, incendies et autres incidents viennent se
broder sur la trame régulière des institutions et déranger la note monotone
du régime normal. |